—Cela me semble très peu... Les minutes que je passe ici ont un prix unique pour moi.
Elle fit un imperceptible geste d'épaules. Sa main tourmentait le cahier de musique qu'elle tenait.
Impatient, il jeta:
—Vous ne me croyez pas?
—Non, pas du tout!
—Eh bien, vous avez tort; car je vous dis l'absolue vérité. Quand je sors de chez vous, parce qu'il le faut bien! je pense déjà, avec envie, au jour où il me sera permis d'y rentrer... Et si vous tardez à m'indiquer ce jour, il me faut vraiment rassembler tout mon avoir de discrétion, pour ne pas venir chercher ce rendez-vous qui se fait trop attendre...
Le visage de Claude avait pris son indéchiffrable expression. Les paupières abaissées voilaient le regard.
—Décidément, vous êtes un musicien fervent! Par bonheur pour vous, vos occupations... très variées, sont là pour vous aider à passer le temps, entre les séances que vous goûtez si fort.
Hardiment, il répéta:
—Par bonheur, oui... Mais ces occupations me distraient seulement; elles ne me font pas oublier... Elles ne peuvent que m'aider à tromper le désir... si vous me le permettiez je dirais la soif, que j'ai de vous retrouver. Une soif, chaque jour grandissante... Je suis bien forcé de me l'avouer... C'est insensé! mais c'est comme cela! A quoi bon se mentir à soi-même!