Les paroles de Raymond de Ryeux gardaient un accent léger. Mais Claude en discernait la sincérité frémissante... Comme, hélas! elle percevait, en elle-même, un plaisir misérable à sentir sa puissance sur cet homme... Un souffle ardent semblait embraser son jardin secret...
Et brusquement, elle dit:
—Nous bavardons là bien vainement!... A l'ouvrage... Nous déchiffrons tout de suite?
Elle prenait son violon. Il s'assit au piano.
—Voulez-vous que nous rejouions d'abord la sonate de Grieg?
Elle inclina la tête.
—Si vous préférez.
Et le duo commença.
A jouer souvent ensemble, ils étaient parvenus à un unisson absolu; et de se sentir si parfaitement suivie et comprise, elle en arrivait à trouver un agrément personnel qu'elle n'avait pas prévu en acceptant—par raison—les séances que le caprice de M. de Ryeux lui avait imposées.
Et dans la pièce silencieuse où errait la senteur fraîche des violettes, des minutes et encore des minutes coulèrent insaisissables pour eux. Dans le plaisir souverain qu'ils trouvaient à jouer ainsi ensemble, le sens de la durée leur échappait. L'un et l'autre, ils goûtaient une jouissance d'art qui... pour un instant... sans qu'elle, surtout, en eût conscience... les faisait un comme aucune parole ne l'eût pu faire... Ah! elle ne songeait plus du tout qu'il était le clubman qu'elle dédaignait, le conquérant à vaincre, l'homme...