—De quoi?... Mais de deux personnes qui goûtent, j'imagine, riposta Claude avec une âpreté ironique.

—Vous aviez l'air de deux amoureux... je ne veux pas dire de deux amants, qui terminent, par un thé réconfortant leur réunion dans quelque garçonnière.

Claude pâlit. Une lueur d'orage flambait dans ses prunelles.

—Oh! Élisabeth!... Comment vous... vous... pouvez-vous me calomnier ainsi... Et lui aussi!

Mme Ronal eut vers elle un geste d'apaisement.

—Je ne te calomnie, ni ne t'accuse, enfant. Je te dis tout simplement ce que j'ai éprouvé, parce que tu dois le savoir... Tu ne peux être tout à fait bon juge en la circonstance, ma Claude. Alors, moi, ta grande amie, je t'avertis... Je sais que, comme moi, tu n'accepterais jamais de servir de distraction à M. de Ryeux dont tu connais la réputation... et la valeur morale, puisque vous avez beaucoup causé cet hiver...

—Si je le distrayais, lui aussi me distrayait; nous sommes quittes; et ma dignité qui semble vous préoccuper, Élisabeth, est bien sauve, je vous assure!

—Quel besoin peux-tu avoir de distractions, offertes par M. de Ryeux?... Et quelles peuvent être ces distractions?... Je ne vois pas...

—Oh! n'imaginez rien d'extraordinaire, je vous en prie, Élisabeth... Tout simplement, il me plaît de causer avec lui, parce que je lui trouve une forme de pensée neuve, qui m'intéresse... Et aussi, il me plaît beaucoup... c'est vrai, de faire de la musique avec lui, parce qu'il est remarquablement artiste... Voilà tout... Êtes-vous rassurée?

Les yeux de Mme Ronal gardaient une sorte de gravité pensive: