Tout à coup, il lui semblait être protégée, défendue contre lui et contre elle... Sans toucher la main qu'il lui tendait, elle sauta en bas de la voiture et monta en courant les degrés de la terrasse.

—Oh! Élisabeth, quelle bonne idée vous avez eue là, de venir!

—J'ai pu m'échapper pour quelques heures; et vite, j'en ai profité. Qu'il fait bon ici!

—Je suis sûre, grande amie, que vous vous en trouvez déjà reposée!

—Tu te moques de moi! petite fille, sans te douter que tu dis là, pourtant, l'absolue vérité!

Gaiement, Mme Ronal riait, aspirant l'air parfumé qui rosait un peu la pâleur de son visage fatigué.

Mais Claude n'eut pas alors le loisir de lui parler davantage. Les hôtes de la Saulaye les entouraient; Hugaye venait à elle, lui disant, de sa manière brusque et franche, l'impression qu'il avait éprouvée à l'entendre, dans la petite église; et un éclatant carillon appelait au déjeuner, servi en grande pompe.

Un déjeuner où l'élément ecclésiastique dominait; car, en l'honneur de Monseigneur et de la cérémonie d'inauguration, Mme de Ryeux avait convié le curé et le vicaire de son église; et aussi, d'autres prêtres de Paris et de la région qui figuraient singulièrement auprès de Charlotte de Ryeux et de Lola très modern style, dans leur élégance. Quant à Claude, sa qualité d'artiste semblait rendre naturelle l'originalité de son type.

En d'autres circonstances, comme la veille au soir, elle se fût distraite à observer toutes ces personnalités diverses; à suivre la conversation dont la seule présence d'Élisabeth Ronal élevait le niveau. Car il y avait en elle une richesse de pensée qui, partout, toujours, agissait comme une force suggestive et invincible.

Mais de tellement loin, Claude entendait les paroles dites autour d'elle, qui lui semblaient prononcées dans une langue étrangère...