A l'entrée de l'église, elle laissa les jeunes femmes, pour monter à la tribune où l'attendait l'organiste qui accompagnait le chant des vêpres.
Elle poussa la porte, entra et, sur le seuil même, s'arrêta court. Debout près de l'organiste, à qui il parlait, se tenait Raymond de Ryeux.
Au bruit de la porte qui se fermait, il tourna la tête. Leurs regards, pour la première fois depuis le matin, se croisèrent, tout pleins d'une sorte de défi.
A la seule expression de son visage, elle comprit qu'elle n'éviterait pas son approche. Aussi clairement que s'il eût parlé, elle savait qu'il était venu l'attendre. Elle était trop fière pour se dérober; et la lutte, le danger l'attiraient toujours; mais ses traits prirent une impénétrable et dure expression.
Elle l'entendit murmurer à l'organiste:
—Je vous laisse; avant de descendre, j'ai un mot à dire à Mlle Suzore.
Le vieil homme inclina la tête. Alors lui vint à elle qui, lentement, préparait son violon. Avant qu'elle eût pu prononcer une parole, tout bas, il articulait, une prière passionnée dans la voix:
—Claude, écoutez-moi... Il est impossible que nous nous séparions ainsi... Je ne peux pas... et je ne veux pas le supporter!
Elle ne fit pas un mouvement. Ses lèvres restèrent closes. Il semblait qu'un sceau les eût à jamais fermées pour lui... Droite, dans l'ombre de la tribune, elle se tenait immobile, sa main serrant le dossier de la chaise qui portait son violon. Mais de ses larges prunelles, elle le regardait et dans ce regard, presque sévère, une lueur étrange brûlait.
La voix de l'orgue les enveloppa, chantant la béatitude des âmes dont la pureté cherche Dieu.