—Que?... insista-t-elle, violemment.

—Que d'être sa maîtresse.

Un éclair jaillit dans les prunelles de Claude où montait la tempête. Mais elle gardait son orgueilleuse impassibilité, et dans la pensée d'Étienne, passa le souvenir biblique de l'ange révolté, superbe en sa rébellion.

Il la sentait vibrante des pieds à la tête, raidie pour la lutte; mais elle secouait dédaigneusement la tête:

—Étienne Hugaye, soyez sans inquiétude, je ne serai pas la maîtresse de M. de Ryeux... pas plus que la vôtre... ou celle de n'importe qui... Je vous jure que, cet hiver, j'ai encore fait mes preuves, car je l'ai entendu exprimer plus d'une fois dans vos salons!... l'insultant désir que vous semblez, insolemment, me croire capable d'écouter... Mais il ne monte pas jusqu'à moi... Vous vous alarmez à tort, Hugaye... A moi, à moi seule!... j'appartiens... et j'appartiendrai...

L'orage, qui allumait des éclairs dans son regard, grondait aussi dans sa voix. Ils se tenaient face à face, comme dans une lutte, également résolus; lui attaquant, elle, ferme sur la défensive.

—Vous êtes bien sûre... vous êtes trop sûre de vous! Claude... Je ne sais quelle force vous vous imaginez être, ni quel vouloir vous croyez posséder. Mais parfois ceux qui nous voient vivre, jugent mieux que nous-mêmes. Je vous connais bien... Et j'ai peur pour vous!... Claude.

Elle l'interrompit avec une hauteur frémissante:

—Ah! çà, où prenez-vous le droit de me juger de cette injurieuse façon? Je vous le répète encore une fois: comme il me convient, je vis et j'agis!

—Bien entendu, puisque vous êtes une créature libre, pleinement responsable de ses actes dont elle peut apprécier la valeur; et qu'elle est, par suite, amenée à orienter comme elle le doit. Vous me demandez où je prends le droit d'être... sévère avec vous... C'est dans l'affection profonde que je vous porte...