Elle eut un rire insolent:

—Ah! ah! monsieur le censeur austère, vous aussi, vous trouvez que Claude Suzore serait une agréable proie!

Il posa sur elle son regard clair qui jamais n'exprimait autre chose que la sincérité de sa pensée; et ce regard avait une gravité résolue:

—Vous vous trompez! Claude... Si je croyais que vous m'aimiez... même, simplement, si j'espérais qu'un jour, vous finirez par m'aimer, je vous demanderais d'être ma femme.

Il y eut un silence, celui des heures solennelles. Les prunelles, devenues attentives et profondes, elle le regardait aussi, stupéfaite, troublée, incrédule devant l'évidence même, non pas tentée...

Pourtant, elle savait cet homme incapable de prononcer une parole qui ne fût pas rigoureusement vraie... Mais l'avait-elle bien compris?... Se pût-il que lui, le démocrate, lui que semblaient seuls intéresser les problèmes sociaux, la cause des misérables, que lui aussi eût subi la terrible attirance de l'amour? Et l'eût subie par elle?...

Un doute tremblait dans l'ironie de sa voix:

—Vraiment, vous auriez eu le courage de vous embarrasser d'une fille pauvre, doublée d'une artiste, alors que, dans votre monde, avec votre fortune, vous pourriez choisir n'importe quelle héritière? Vraiment?... Vous auriez fait cela?...

—Est-ce que, Claude, vous m'avez jamais rangé dans le nombre de ceux qui veulent une femme à cause de son argent?

Sincère autant que lui, elle dit: