—Non, jamais!... Mais je cherche ce qui vous attirait vers moi...

Il eut un violent geste d'épaules; et avec une sorte de colère, il articula:

—Est-ce que je le sais seulement moi-même... Peut-être, tout simplement, je suis comme les autres!... J'ai subi votre séduction, votre effrayante séduction de femme... parce que vous avez vingt ans et que j'en ai trente! Ça, c'est le piège de la nature dont je crois... j'espère... j'aurais pu être le maître, bien résolu à ne pas me laisser détourner de la cause à laquelle je me suis voué, si, vivant près de vous, je n'avais vu ce que vous pouvez valoir, ce dont vous êtes capable...

D'un geste impérieux, elle l'arrêta:

—Ce que je vaux?... Ah! mon pauvre ami, sauf comme artiste, je ne vaux à peu près rien... Vous entendez, rien!... Tout à l'heure, vous prétendiez que je ne me connais pas... Vous vous trompiez... Je me juge bien plus sévèrement encore que vous ne le faites, même dans le secret de votre pensée. Ah! c'est heureux que je ne vous aime pas!... Quel lamentable avenir, nous nous serions préparé en unissant nos deux vies!

Il eut un tressaillement qu'il maîtrisa aussitôt:

—Pourquoi croyez-vous cela?

—Parce que, tel que vous êtes, vous auriez exigé de moi ce que je n'aurais pu... ce que j'aurais été incapable de vous donner...

—De l'amour?... Je le savais...

—De l'amour, oui, d'abord... Pour vous, je n'éprouve que de l'estime, beaucoup d'estime, une profonde amitié de camarade. Et pas plus que les autres hommes, vous ne vous seriez contenté de cette part... La seule que je veuille donner...