La jeune fille rentra tard; au moment même du repas du soir; et elles dînèrent vite, presque silencieusement. Cela leur arrivait quand l'une ou l'autre, ou toutes deux avaient des préoccupations absorbantes. D'autant qu'elles possédaient une égale terreur des conversations oiseuses; et après leurs laborieuses journées, le silence les reposait.
En arrivant, Claude avait expliqué son retard, en disant que la répétition, pour son concert, s'était beaucoup prolongée. Elle n'en paraissait pas fatiguée, d'ailleurs, et son visage avait un tel éclat que Mme Ronal en fut saisie. Dans ses yeux, il y avait une sorte de fièvre qui les faisait sombres, superbement... Mais comme elle semblait isolée en elle-même! mangeant à peine; distraite à ce point, qu'elle ne remarquait pas l'attention préoccupée d'Élisabeth.
Leur repas fini, elles passèrent comme de coutume dans le studio; mais Claude dit aussitôt:
—Je vais, un instant, dans le jardin, Élisabeth.
Mme Ronal ne la suivit pas. Elle s'assit à sa table de travail. Seulement, elle ne prit aucun des papiers disposés devant elle. Grave, réfléchissant, elle suivait la lente promenade de Claude, autour du jardinet.
Dix heures sonnaient quand la jeune fille enfin rentra, disant:
—Il fait bien lourd, ce soir!... Je me suis laissé entraîner à rester dehors. Vous travaillez? Élisabeth. Est-ce que je vous gênerais en faisant un peu de musique? J'ai besoin de me reposer les nerfs avec mon violon. Je sens l'orage.
—Non, tu ne me gênes jamais... Mais avant que tu commences à jouer... je voudrais te faire une question à laquelle je te prie de répondre en toute franchise.
Élisabeth perçut, chez Claude, un frémissement que, tout de suite, d'ailleurs, elle domina:
—Demandez, Élisabeth.