—Serait-il vrai que tu sois sortie en auto avec M. de Ryeux? Tu ne m'en avais jamais parlé?...

Le visage de Claude prit, instantanément, son masque de sphinx. Mais elle n'avait pu empêcher une fugitive rougeur de colorer, une seconde, l'ivoire pâle de la peau.

—Je ne raconte pas tout ce que je fais, Élisabeth; surtout quand il s'agit de choses sans intérêt.

—Ce qui te concerne m'intéresse toujours. Tu te souviens, sans doute, que le jour où je vous ai trouvés, M. de Ryeux et toi, en train de prendre le thé ensemble—et seuls,—je t'ai dit que je jugeais... fâcheuses... ces petites séances...

—Et je les ai interrompues aussitôt.

—Oui; mais tu t'es arrangée pour rencontrer ailleurs M. de Ryeux. Et je m'en étonne. Je ne comprends pas ta conduite, Claude. Pourquoi donc étais-tu en auto avec Raymond de Ryeux?

Un silence tomba dans la pièce. Mme Ronal eut conscience que la jeune fille hésitait sur la réponse à faire. Mais ce ne fut qu'un instant. Jamais elle ne reculait devant la lutte; et, inconsciemment hautaine, elle dit:

—Oh! la chose est bien simple... j'étais allée à Chantilly revoir le Musée. J'y ai trouvé M. de Ryeux qui a été assez aimable pour m'accompagner dans ma visite; et comme lui-même rentrait à Paris, en auto, il m'a offert de me ramener, pour éviter la chaleur du wagon. Voilà tout!... Les espions n'ont pu vous en dire plus long! Élisabeth.

—Jamais tu n'as été «espionnée», mon enfant. Une personne, bien innocemment, m'a dit avoir cru te reconnaître, descendant d'une auto privée, sur le quai du Louvre. Alors, j'ai voulu savoir, de toi, si le fait était vrai... Car il m'étonne beaucoup... oh! oui, beaucoup!

—Pourquoi?... Vous m'avez toujours laissée libre d'agir comme je décidais de le faire.