—Bah! quand on le veut fortement!... Regardez comme la mer nous en donne l'exemple... Comme elle vient vers nous, impérieuse, sans s'occuper de nos chétives présences, qu'elle culbuterait sans même les soupçonner en allant droit vers son but...

—Oui... mais nous ne sommes pas la mer! fit-il un peu ironique.

—Non, nous sommes des volontés conscientes.

Il la regarda curieusement. Elle ne prenait plus garde à lui. Elle s'avançait vers la mer, à travers le chaos des roches, insouciante du sol détrempé par le choc furieux des vagues qui s'écrasaient sur leurs têtes déchiquetées. Tout au bord de l'eau haletante, elle s'arrêta seulement, les mains tendues vers la poussière d'écume qui jaillissait des remous; ses yeux erraient sur l'immense horizon où, lointaines, des voiles passaient, blanches dans la lumière.

Une rafale plus violente fit sauter jusqu'à son visage quelques gouttelettes qui mouillèrent sa bouche. Alors, instinctivement, elle promena le bout de sa langue sur ses lèvres humides, pour recueillir la saveur de la mer.

—Vous avez soif? questionna près d'elle la voix railleuse de Raymond de Ryeux. Alors, nous pouvons remonter. J'ai fait placer votre goûter dans l'auto.

Elle se mit à rire:

—Quelle bonne idée vous avez eue là! Remontons... Prosaïquement, j'ai une faim dévorante!... Vous, pas?

—Moi?... Eh bien... moi, aussi!... Je vous préviens que la remontée va être plus dure encore que la descente. Aussi, je passe en avant.

—Soit, si vous voulez..