Sabine Méruel gardait son expression d'invincible conviction.
—Mais, Élisabeth, quand une de ces gamines vaut la peine d'être élevée hors de ce milieu, ce serait un crime de ne pas l'en arracher coûte que coûte!
—De l'en arracher en la séparant de sa mère, de ses parents?
De sa voix timbrée où il y avait une sorte de violence froide, Sabine prononça:
—Quand les parents ne remplissent pas, ou sont incapables de remplir leur mission, il faut bien que nous nous substituions à eux!
—Le faut-il?... En êtes-vous sûre? interrompit gravement Élisabeth... Peut-être parce que je suis moi-même une mère, je comprends la révolte de cette femme devant l'ascendant qu'elle vous voit sur sa fille. Et je me demande, en conscience, faut-il que cet ascendant existe?
Du même ton absolu, Sabine Méruel affirma:
—Il le faut!
—Vous le croyez, soit. Mais il me semble que, en la circonstance, pour des raisons très complexes que votre devoir est d'analyser, vous ne jugez pas entièrement juste, avec les intentions les plus droites... Réfléchissez bien... N'influencez pas cette petite. Vous êtes trop intéressée dans la question...
Sabine ne répondit pas. Et un silence tomba dans la pièce. Toutes deux songeaient. Mais le timbre de la pendule sonna. Sabine tressaillit et se leva aussitôt: