—Claude, ces petites m'intéressent beaucoup!

—Parce que le ciel vous a gratifiée d'une très belle âme!... Que n'a-t-il été aussi généreux à mon égard!... Je suis navrée d'être obligée de me reconnaître une créature tout à fait inférieure, depuis que je viens de lire la lettre d'Élisabeth qui évoquait le spectre de l'austère Devoir... Avec une majuscule, comme il convient au nom des divinités, accablant sans pitié la pauvre humanité.

—Vous vous calomniez, Claude. Le docteur vous a écrit?

—Pour me rappeler qu'elle m'attend jeudi, oui... Donc que mes vacances sont finies, bien finies! Évidemment, un jour ou l'autre, il me fallait aller reprendre la chaîne. Mais je suis comme les enfants. Il me paraissait que ce jour ne viendrait jamais!

Du bout de son pied, mince dans le cuir fauve, elle tourmentait l'herbe flétrie. D'un geste garçonnier, elle avait croisé ses deux mains derrière son dos.

—Oh! Claude, cette chaîne n'est pas lourde!

—Peut-être... Mais tout de même, c'est une chaîne!

De nouveau, le masque volontaire devenait dur.

—Je vais être prisonnière de la stupide nécessité de gagner ma vie, de dépendre de la critique, des journalistes, du public, surtout de l'inepte public des gens du monde; être contrainte de travailler pour eux; de jouer devant eux pour qu'ils me payent...—oh! horreur!...—en espèces sonnantes, la musique que je voudrais faire pour moi seule... tout au plus, pour quelques élus. Je devrai leur faire entendre des abominations musicales, des œuvres infimes à en pleurer! parce que ce sont les seules qu'ils puissent comprendre... Donc...

—Oh! Claude, que vous êtes méchante et injuste pour les gens du monde!