Et l'impression, affaiblie par l'usure des jours, renaissait tout de suite, aussi forte. Cette Claude Suzore ressemblait si peu aux femmes—de tout genre...—qu'il avait coutume de fréquenter; avec sa franche et fière liberté d'allures, son absence totale de coquetterie, son évidente et orgueilleuse indifférence pour l'homme qui paraissait—à l'heure présente—sans prise sur elle... Et, pourtant,—il s'y connaissait!...—elle était sûrement une passionnée. Très jeune et déjà si vraiment femme!... Et avec cela, pire que jolie, d'une originalité troublante qui agissait sur lui comme la senteur grisante d'un parfum violent et inconnu.
L'idée qu'il n'avait aucune chance de la revoir bientôt, ni beaucoup, avivait en lui un obscur désir. Profitant de ce que l'averse ruisselait de façon à la retenir, bon gré mal gré, quelques minutes encore, il interrogea:
—Avez-vous des concerts en vue?
Un éclair de malice flamba dans les prunelles sombres.
—Oui, j'en ai un prochain... Au Cercle ouvrier de Charonne.
—Oh!... quel public vous allez trouver là!
—Un excellent public... Ce n'est pas la première fois que je l'expérimente... Infiniment meilleur que le public des belles dames et des beaux messieurs blasés... si souvent inintelligents!
—Merci bien!
—Remerciement très inutile...
—Est-ce qu'on peut aller vous entendre à Charonne?