—Vous êtes bien exigeante! mademoiselle! Pourtant, vous êtes une débutante, toute jeune...
Claude ne se troubla pas. Comme une gamine, elle continuait à s'amuser du désarroi où ses prétentions plongeaient la jeune Mme de Ryeux; et avec la même désinvolture paisible, elle prononça:
—Je ne suis pas une débutante pour les connaisseurs. Le cachet que je vous demande, madame, est le même que j'ai offert à la princesse Bracovan, par exemple.
—Ah! vous avez joué chez la princesse?...
—L'hiver dernier, oui, madame, et je vais y avoir encore plusieurs séances... Mais je ne voudrais pas vous entraîner plus loin que vous ne souhaitiez. Si vous préférez renoncer à votre projet, faites-le, je vous prie, sans scrupule, madame.
Du bout de sa pantoufle de satin, Mme de Ryeux frottait le tapis, partagée par des sentiments divers. Son amie intervint.
—Charlotte, mon amour, pourquoi hésites-tu, puisque Raymond t'a dit de tout arranger à ton gré? Fais-le donc... L'argent, ça n'a pas d'importance!
Mme de Ryeux devait subir, très fort et très facilement, l'influence de Lola, car soudain, décidée, elle se tourna vers Claude qui attendait, observant.
—Mlle Alviradès a raison. La seule chose importante, c'est que nous ayons de bonne musique. Puisque mon mari a une très haute opinion de votre talent, qu'il vous a choisie, il aurait mauvaise grâce à se plaindre des conditions où il pourra vous faire entendre.
—Mais sois sûre, Charlotte, qu'il ne se plaindra pas du tout... Mlle Suzore est pour cela bien trop jolie. Il la regardera, il l'écoutera... Et ainsi tout le monde sera satisfait!