Tout le monde?... Qui?... Les mots étaient ambigus. Mais Claude n'était pas femme à prendre souci d'une allusion trop directe, d'une parole plus ou moins heureuse... Surtout venant d'une étrangère qui avait tout à fait les allures d'une enfant gâtée. Sauf peut-être Mme de Ryeux qui paraissait sous le charme, nul ne devait prendre garde à ses propos. Tout en parlant, elle jouait avec les dentelles de son amie, ou s'amusait à faire glisser les bagues des doigts blancs, un peu potelés.
Elle darda, sur Claude, ses prunelles noires:
—Je suis sûre que vous devez jouer merveilleusement, mademoiselle. Vous avez un vrai type d'artiste. Vous ne me trouverez pas malhonnête de vous dire cela?
—Malhonnête?... Oh! non! pourquoi?... Si c'est ce que vous pensez!... Je suis habituée à m'entendre dire toute sorte de choses...
Les yeux de Lola Alviradès flambèrent comme ceux d'une fillette curieuse, mise soudain en goût.
—Quelles choses?... Dites!... je vous en prie... Ce doit être amusant!
Mais Mme de Ryeux se chargea de répondre. Elle avait l'air agacée.
—Que tu es donc enfant! Lolita. Ne retarde pas ainsi Mademoiselle, qui doit être pressée comme nous. Tu sais que nous n'avons plus qu'un instant avant le déjeuner. Tu restes pour l'après-midi?
Lola se mit à rire.
—Non, les mines maussades de Raymond me coupent l'appétit. Mais je reviendrai te prendre à deux heures. J'ai prévenu tante qu'elle n'ait pas à compter sur ma société et...