Du même ton, qui est un cordial pour ma faiblesse, il achève:
—Je pense, moi, qu’étant donnée votre force morale, vous trouverez le secret de recommencer à vivre avec l’intensité qui vous était familière...
De mon cœur désespéré, une plainte jaillit:
—Ce ne sera plus jamais ce que c’était!
—Non, ce sera autre chose... Mais vous n’êtes plus la même... Ce qui, autrefois, vous satisfaisait, vous paraîtrait peut-être insuffisant aujourd’hui...
Il a raison. La Mireille de jadis est bien partie pour ne plus revenir. Celle du présent vaut-elle mieux?... Que ce serait douloureux d’avoir changé en bien, parce que le bonheur m’a été arraché!
Père m’appelle. Sans avoir répondu à Guisane, je le rejoins. Et tous trois causant de choses quelconques, lui et Guisane me ramènent à mon home solitaire.
11 août.
Bernard, mon cher grand frère, est arrivé. Nous sommes allés le cueillir tous—autrement dit, maman, père, moi, plus Jean...—à la station de Henvic. Et nous l’avons vu émerger de son wagon, un peu maigri, la figure altérée un brin sous le hâle du grand air, mais toujours le beau garçon qui nous a quittés en 1914.
Jean le contemple extasié; comme maman, à qui la joie donne tant d’éclat que Bernard s’est exclamé dès que nous avons été installés dans le primitif équipage qui nous ramène à Carantec: