—Sûrement pas autant qu’à moi! a-t-il répondu avec une spontanéité qui avive l’éclat rosé des joues de Christiane. Comment, Mireille, m’avais-tu caché la bonne nouvelle, que je retrouverais à Carantec... si j’osais, je dirais une amie, des jours heureux d’autrefois!
—Osez, osez... Je me souviens très bien que dans ce temps, devenu si lointain, entre deux bostons, nous échangions, assez volontiers, quelques idées.
—Ici, j’espère bien que nous allons reprendre cette bonne habitude!...
J’interviens, un peu effrayée du flot de sympathie que je sens bondir entre ces deux êtres jeunes, attirés comme jadis, l’un vers l’autre, avec des esprits plus mûrs, des cœurs creusés par la terrible épreuve. Vraiment, ils sont aujourd’hui, moralement, un homme et une femme qui, les yeux large ouverts, pourront juger de la façon dont ils doivent disposer d’eux-mêmes.
J’ai expliqué en deux mots pourquoi Christiane est ici; et si Bernard a eu vers elle un regard expressif d’approbation, il n’a rien dit qui ressemblât à un éloge, devinant bien que cette fille simple et fière n’accepterait pas l’ombre même d’un jugement flatteur...
Tous les trois nous trottons dans le sentier qui nous amène sur la place de l’église, devant le Kelenn. Je tiens la main de Jean, et devant moi cheminent mes deux compagnons qui causent, lui, radieux, elle, avec cette aisance voilée de réserve qui la caractérise...
Mon Dieu! que va dire maman de les voir ainsi réunis,—si vite!
Heureusement, comme nous débouchons sur la place, un nouveau venu apparaît, Guisane qui revient de la falaise avec sa boîte et ses pinceaux. Il a une exclamation de plaisir à la vue de Bernard:
—Alors, vieux, te voilà! Quelle bonne chance de nous retrouver ici! Nous allons en jouir de notre mieux!
Christiane et moi, nous les laissons en arrière. Et ainsi, mère n’éprouvera nulle impression désagréable qui trouble son allégresse d’avoir retrouvé Bernard.