Mais ce soir... Mais demain....

20 août.

Déjà une grande semaine que Bernard est ici. Comme elle a passé vite!

Est-ce donc qu’il est impossible d’échapper au tourbillon joyeux que son animation crée autour de lui?... Je ne me reconnais plus. Quelle soudaine influence a le pouvoir d’engourdir mon mal?...

Certes, il est toujours latent, prêt à se réveiller au moindre choc... Mais il est plus sourd; et cet apaisement fugitif est si bon que, tout en me reprochant ma lâcheté, je n’ai pas le courage de raviver volontairement ma peine.

Je me laisse vivre dans l’heure présente, sans regarder ni en avant ni en arrière.

Il me revient l’appétit de mouvement qui m’enivrait aux jours lumineux de ma jeunesse... Voici..—je m’en aperçois, saisie!—que je peux jouir de ce qui amuse les autres: excursions, promenades flâneuses, causeries, rendues charmantes par l’humour de Bernard, la gaieté de Christiane, la verve de père qui, devenu touriste faute de distractions citadines, se fait souvent notre «chaperon», comme il dit... Et puis, pour assaisonner nos propos capricieux, l’esprit mordant ou profond de Guisane, que Bernard a le pouvoir d’arracher, de-ci, de-là, à ses pinceaux.

Il me semble que, soudain, c’est en rêve que je vis... Je n’ai plus le loisir ni même le goût d’écrire. A peine je trouve un moment pour lire quelques pages, chaque jour, moi, d’ordinaire insatiable.

Bernard, résolument, m’entraîne dans son sillage par une affectueuse volonté de «me distraire», prétend-il. Mais il m’attire aussi, mon cher grand, afin que Christiane puisse être des nôtres dans les promenades qu’organise son inlassable activité.

Il s’est fait présenter partout où il a l’occasion de la retrouver; dans les milieux où elle fréquente; au tennis; après avoir, bien entendu, commencé par se faire admettre chez sa tante de Kermadec, avec laquelle, maintenant, nous sommes fort liés.