Mère elle-même a subi son charme de femme intelligente, très bonne, et ne s’étonne pas que, pour elle, je sorte de ma retraite.
Bernard, de plus, s’est découvert un goût prononcé, le goût de Christiane, pour les promenades en mer. Et là-dessus, la nature m’ayant gratifiée—au physique—d’un cœur à toute épreuve, il me réquisitionne sans merci, pour les escorter; car père se récuse en la matière. Il réquisitionne aussi Guisane qui adore la mer, et se laisse aisément séduire. D’ailleurs, quand les eaux sont très calmes, que Bernard n’a pas besoin de son aide pour ramer ou pour la manœuvre, il ébauche bien vite quelque aquarelle, réfugié dans un coin de la barque.
Tranquillement, Bernard, tout à fait retombé sous le charme de Christiane, m’a déclaré:
—Les parties carrées sont beaucoup plus agréables! Et puis, Patrice étant un causeur exquis, tu ne peux regretter que je te confie à lui, pendant que...
—Tu flirtes avec Christiane! ai-je glissé, taquine.
Il a spontanément répliqué avec une gravité soudaine, très rare chez lui:
—Ce n’est pas flirter que je veux... Elle mérite tellement plus!
Et il a raison.
Que cela m’est doux et poignant de voir ce joli roman se préciser près de moi... Avec Max, nous avons été ainsi... Moins sérieux que ces deux-là! Mais Bernard et Christiane ont subi le rude souffle qui vivifie ou qui tue, depuis trois ans; et ce que j’aime en eux, c’est que, même en ces jours de halte,—pour elle comme pour lui,—ils conservent, toute vibrante, la pensée de la guerre que, l’un et l’autre, ils suivent passionnément. Elle, c’est une vraie fille de soldat; et lui, a une âme bien française, allégrement intrépide et généreuse...
De lui, que pense-t-elle?