—Ne soyez pas un homme de peu de foi en la destinée!... A quoi bon s’inquiéter de l’avenir qui, presque jamais, n’est tel que nous l’imaginions...

Lui aussi a souri, et son sourire était franchement gai. Peut-être, il trouvait amusant qu’une chétive créature comme moi s’essaye à le réconforter.

—Madame, je vous assure que, de toute ma volonté, je vis dans le présent. C’est une règle inflexible que je me suis imposée. Et, de mon mieux, je m’y conforme. Mais je ne parviens pas toujours à écarter la hantise qui m’obsède, absurdement, je le reconnais... Rien ne la justifie!...

Il s’est arrêté un peu, comme s’il hésitait. Mais, sans doute, il a vu dans mon regard avec quel intérêt je l’écoutais, et il a fini d’un ton de badinage voulu:

—Soyez très charitable, madame!... Faites des vœux... pour que je puisse toujours peindre! Priez pour mes yeux, madame.

Une angoisse m’a crispé le cœur. Prier! A quoi bon?... J’ai tant supplié pour que Max soit sauvé! Maintenant je ne demande plus rien. Ma confiance est morte, dans la puissance de la prière...

Mes supplications, probablement, étaient de trop mince valeur pour mériter d’être entendues... Mais j’offrais ce que je pouvais... Du meilleur de mon âme...

Et j’ai répondu avec toute ma désespérance:

—Hélas! ce ne sont pas mes vœux qui peuvent protéger... J’aurais peur, au contraire, qu’ils ne portent malheur...

Je me suis remise lentement à marcher pour rejoindre les autres qui me faisaient signe d’avancer; Guisane me suivait en silence, dans le sentier odorant de la senteur des pins dont le soleil moirait les fûts violets. Puis, tout à coup, il a repris pensivement: