Vers trois heures, comme j’écrivais en gardant Bébé, il a surgi dans ma chambre pour me proposer, du ton le plus engageant:
—Mireille, un tour en mer, veux-tu? Patrice et Mˡˡᵉ Christiane sont tout disposés. Mais, une fois de plus, il me faut ton chaperonnage. Tu consens, n’est-ce pas?
J’ai un coup d’œil vers le ciel où, malgré le soleil, courent d’épais nuages, amenés par des rafales incessantes; et, peu enthousiasmée, j’insinue:
—Mais, Bernard, le vent ne sera-t-il pas bien fort?
—Qu’est-ce que cela fait, puisque tous, nous avons des cœurs invincibles. Nous danserons peut-être un brin. Et ce sera exquis! Alors, c’est convenu?
Il me regarde avec ces yeux suppliants auxquels je ne sais rien refuser. Et je cède.
—Allons! puisque tu en as tant envie et si tu crois que ce n’est pas imprudent!
—Mais non!... Mais non!... Pour te tranquilliser, nous pourrons emmener le père Le Goannec. Prépare-toi vite, chérie, et viens.
Il est radieux, et repart en bombe comme il est venu.
Je ferme mon buvard; je remets ma pouponne à sa nourrice; et bien enfermée dans mon chandail, mon béret de laine enfoncé jusqu’aux sourcils, je cours au lieu de l’embarquement.