Ils sont déjà là et m’attendent aussi impatients que des bébés. Pas de père Le Goannec. Il n’était pas libre. Donc, nous embarquons sans lui.

Et l’exquise flânerie commence. Nous sommes plutôt rudement ballottés; ce dont nous n’avons cure. Bernard dit des folies drolatiques; Christiane et Guisane ripostent, chacun à sa manière. Moi je les écoute distraitement et reste silencieuse, me laissant griser par la brise violente, par le soleil qui nous brûle entre les nuées d’orage; par la senteur et l’éclat de l’eau miroitante... Et aussi par la sollicitude dont m’enveloppe Guisane qui, à tout instant, m’interroge:

—Vous êtes bien?... Vous n’avez pas trop chaud?... Nos bavardages ne vous fatiguent pas?...

Ah! je n’aurais jamais soupçonné à quel point il me semble doux de retrouver une protection masculine—celle d’un ami.

Guisane, entre temps, s’extasie sur la lumière qui flamboie autour de nous.

—Bernard, regarde ce reflet sur les cheveux de Mˡˡᵉ de Vologne!

Elle réplique:

—Ce que c’est qu’une imagination de peintre! Car vous ne voyez pas mes cheveux. Ils sont enfouis sous mon polo.

—Illusion! mademoiselle. Le vent a victorieusement fait sortir, dudit polo, de petites mèches indépendantes qui me sont un délice à contempler!... Ah! si j’avais mes pinceaux!... Et je prendrais aussi un croquis de Mᵐᵉ Noris...

—Encore?...