Il y avait une telle conviction dans sa voix que je n’ai pu prendre ses paroles pour une banale protestation. Vraiment, elle les pensait. Mais pourquoi cette excessive générosité?... J’en ai été embarrassée ainsi que d’un cadeau trop somptueux dont le motif échappe...

Pourtant, ma main a serré la sienne pour la remercier; et, détournant la conversation, j’ai interrogé:

—Et toi, Maud, qu’es-tu devenue?

—Moi?... Oh! moi, j’ai vagabondé de droite et de gauche...

Elle m’a cité plusieurs milieux ultra-chics où elle a été reçue cet été; des milieux où la guerre est aisément supportée.

Elle aussi la supporte sans peine. Ne lui doit-elle pas d’avoir recouvré sa liberté? L’homme qui est tombé là-bas en Russie, dont elle porte encore le nom, n’était-elle pas résolue à le quitter à jamais? Détachée de lui, autant que du passant inconnu qui la frôle... Maintenant, elle va dans la vie, là où l’attirent son caprice, ses curiosités nonchalantes ou passionnées; en errante qui cherche sa voie et la flamme qui la réchauffera—peut-être la brûlera...

Ma pauvre chère Maud!... Que pourrais-je pour elle?

31 août.

Tout se passe comme je l’avais prévu. La présence de Maud a brisé l’étrange enchantement qui, quelques jours, m’avait enlevée à moi-même.

Je recommence—et c’est mieux ainsi...—à vivre pour les autres, isolée dans mes souvenirs qui se sont repris à me faire cortège. Maud est immédiatement devenue un centre attractif pour la colonie masculine que la guerre n’empêche pas d’être encore nombreuse autour de nous; dans le cercle élégant que mère a eu le don de grouper, Bernard seul ne lui fait pas la cour; mais il est pris par ailleurs.