—Et moi qui venais, tout juste, te demander un dernier goûter! Mireille! J’arrive bien.

—Tout à fait à point, mon cher grand.

Il avait baisé la main de Christiane et lui demandait, s’avançant un fauteuil devant elle:

—Mademoiselle, vous avez la théière à côté de vous... Est-ce que je puis vous demander de m’octroyer un peu de son contenu?

—Vous pouvez... Voici le thé désiré. Il est encore bien chaud, n’est-ce pas, Mireille?

Elle le servait avec une grâce alerte, soigneuse de ses goûts qu’elle connaît bien maintenant. Lui, la regardait presque avidement... Mais prenant la tasse qu’elle lui offrait, après l’avoir remerciée, il a dit seulement:

—Oh! Mireille, qu’on était bien dans ton jardin! Et quel souvenir je vais garder de ce dernier thé que j’y prends!... Pourquoi faut-il que la destinée ait la cruauté de nous disperser?... Nous nous entendions si bien tous les trois, ne trouvez-vous pas?

Il parlait d’un ton de badinage. Mais moi, avec qui il a été très confiant, je savais à quel point il lui est dur de quitter Christiane, sans un aveu que, par délicatesse, il se refuse, étant données les circonstances... Tout à coup, il me semblait que moi, j’aurais dû parler à Christiane, lui demander ce qu’elle pense... Certes, nous sommes devenues de vraies amies. Nous avons beaucoup causé. Mais jamais, ni l’une, ni l’autre, nous n’avons eu une allusion même à l’avenir de Bernard.

Elle lui avait répondu, de son accent de sincérité:

—Oui, cela me semblera bien triste ici, quand vous allez être tous partis! Mais je n’y suis plus pour longtemps. J’espère pouvoir aller bientôt retrouver mes blessés.