A pleines lèvres, elle aspira l’air frais qui frôlait son visage.
Le soleil avait-il donc triomphé de la brume?... Devant elle, autour d’elle, sur l’eau fuyante, sur les arbres cuivrés, dans le ciel limpide, rayonnait une telle lumière!...
Et encore une fois, elle murmura:
—Ah! que c’est bon d’être ainsi chère à quelqu’un!
Cette douceur, elle la savourait sans la discuter, sans réfléchir ni penser, bouleversée par la révélation que la destinée jetait tout à coup en elle, dont tressaillait son pauvre cœur esseulé, toujours avide de tendresse... Aujourd’hui, comme jadis...
—Que c’est bon! que c’est bon! répéta-t-elle encore tout bas.
L’impression éprouvée avait été si forte qu’elle en gardait la sensation d’un choc reçu dont, peu à peu, elle se remettait. Un soupir souleva sa poitrine. Ses yeux éblouis revirent les enfants qui jouaient, la vieille demeure que le soleil illuminait; d’instinct, son regard chercha les fenêtres de sa chambre,—la chambre qu’elle avait toujours occupée avec Max, depuis qu’elle y était entrée, amenée par lui, le premier soir de leur vie d’époux...
Guisane l’aimait... Oui... Mais comment l’aimait-il?... D’amitié?... D’amitié seulement?... Alors, c’était, ce serait exquis! D’amour?... Le mot que sa pensée précisa la secoua d’un frisson.
Alors, quel malheur il y avait là! A quoi aboutirait Guisane, sinon à souffrir, s’il ne pouvait se contenter de voir en elle une «précieuse amie», comme il l’appelait.
Car elle ne voulait pas, elle n’admettait pas que, pour elle, il pût être autre chose. Et il fallait qu’elle lui en donnât l’absolue conviction.