Comme une réponse au dilemme qui se formulait en elle, ses lèvres tremblantes articulèrent:

—Je voudrais tant le garder comme ami! Tel qu’il était pour moi à Carantec!...

Serait-ce possible?... Toute jeune fût-elle, si bien, elle savait à quel écueil se heurte, presque fatalement, l’amitié entre un homme et une femme jeunes. D’abord apparaît l’amoureuse amitié... Et puis...

Elle secoua les épaules, comme pour faire tomber, derrière elle, la pensée qui la troublait.

Pourquoi ne pas tenter de réaliser la belle chimère?... Elle, qui n’avait plus rien, ne pouvait-elle essayer au moins de mettre, dans sa vie dévastée, le réconfort d’une amitié sûre? Elle pensait:

—Il est si délicat, si clairvoyant, il a tant d’expérience, il comprendra bien, tout le premier, ce qui doit être, seulement.

Et maintenant, il fallait lui répondre... Quoi?... Quand serait-elle à Paris?... Elle n’en savait rien encore. Tout dépendait de ses beaux-parents que sa présence rendait moins tristes. Pour elle, c’était un devoir de demeurer près d’eux; et, avec joie, en souvenir de Max, elle le remplissait, récompensée par la tendresse qu’ils lui montraient.

Mais, à elle aussi, après avoir lu la lettre de Guisane, il paraissait impossible de le laisser repartir au front sans un dernier adieu.

Le recevoir à la Commanderie?... Oui, c’eût été exquis de causer avec lui, sur cette terrasse, devant ce large et beau paysage de France!...

Mais... mais... En elle, d’obscures délicatesses se refusaient à ce qu’il vînt dans la maison de Max; la maison où demeuraient errantes les ivresses de leur jeune bonheur, à son aube, de leurs dernières heures d’amour... Elle aurait eu le sentiment d’une profanation en y accueillant Guisane...