Alors quoi?... La sagesse, c’était d’attendre pour décider quelque chose.
Mais, tout le jour, une sorte de joie brûla en elle, transfigurant son austère existence. Et, sans effort, elle fut, pour son beau-père, la lectrice et la causeuse charmante qui, seule, parvenait à le distraire de ses douleurs physiques et de la souffrance exaspérée d’avoir perdu son fils unique, malheur auquel il ne se résignait pas...
II
A la fin de l’après-midi, comme elle revenait de faire quelques courses dans le village et passait devant l’église, elle aperçut sa belle-mère qui en sortait, et, sur le seuil, parlait à une pauvre femme.
Aussitôt, elle arrêta sa course et se dirigea vers la plate-forme qui, sous les arbres, s’ouvrait devant le portail, sur le large horizon du fleuve et de la campagne.
Mᵐᵉ Noris venait de quitter son interlocutrice; et son mince visage—si triste...—s’éclaira un peu à la vue de la jeune femme.
—Tu rentres de te promener, Mireille?
—Non, mère, je reviens de la poste, de chez la mercière, etc., etc... Mais comment êtes-vous, à cette heure, à l’église?... Y avait-il donc un office?
—Non, chérie; mais je n’avais pu, ce matin, aller à la messe, parce que ton beau-père avait passé une très mauvaise nuit et me voulait près de lui.
Tendrement, Mireille passa son bras sous celui de la vieille femme. Elle avait une affection profonde pour cette créature qui était le dévouement incarné; à qui il était aussi naturel de se donner, qu’aux autres de s’occuper d’eux-mêmes.