—Mère, vous allez vous épuiser! Laissez-moi vous remplacer auprès de père. Vous savez qu’il accepte volontiers mes soins, et je puis être une très bonne garde de nuit.
—Et tu perdrais la belle mine que tu as rapportée de Bretagne! Max ne me le pardonnerait pas... Aujourd’hui, tu es aussi fraîche qu’une fillette!
Elle aussi—comme Mireille—avait cette tendre habitude de parler toujours de Max comme s’il était vivant. Ainsi, elle le gardait mêlé à son existence.
Mireille avait tressailli aux paroles de Mᵐᵉ Noris. Un frisson glaçait, en son cœur, la joie qui depuis le matin y rayonnait.
—Max ne voudrait pas non plus, mère chérie, vous voir fatiguée comme vous l’êtes. Vous vous laissez prendre toute, par père et vos œuvres... Et voilà le résultat!
—Ma petite fille, je t’assure que je ne suis pas autrement fatiguée.
—Mère, vous n’êtes plus que l’ombre de vous-même...
—Ce n’est pas la fatigue qui en est cause... Tu le sais bien, Mireille.
—Oui, je sais...
Plus étroitement encore, elle serra le bras de Mᵐᵉ Noris. Toutes deux suivaient, d’un pas distrait, la belle route en corniche qui ramenait à la Commanderie. De nouveau, à l’approche du crépuscule, la brume estompait les lointains. A travers le voile transparent, le couchant était de pourpre violacé... Ce n’était plus l’horizon de flamme et d’or, derrière Roscoff...