—C’est un enfantillage de ne pas ranger ce livre... Peut-être n’était-ce pas Max qui l’avait mis là, dans ce bureau où peut s’abîmer la reliure à laquelle il tenait tant!

Comme une relique, elle prit le livre que ses doigts tremblants entr’ouvrirent.

Un papier s’en échappa et tomba sur le tapis, une lettre, rayée de grands caractères qui se détachaient hardiment sur le fond crémeux du papier.

D’un mouvement machinal, Mireille se pencha et releva la feuille sur laquelle s’attachèrent ses yeux surpris. Aussitôt, devant sa vue, un nom flamba: «Maud.» Cette lettre était signée Maud. A qui était-elle adressée?... Comment était-elle dans ce livre?

Mireille eut une aspiration profonde, cherchant l’air pour sa poitrine qu’un choc mystérieux avait rendue haletante. Ses prunelles s’étaient rivées à la lettre. En elle, se réveillait, impérieuse, la crainte qui, tant de fois, l’avait sourdement obsédée...

Soudain, elle comprit que, à n’importe quel prix, il lui fallait la vérité. Sans réfléchir, dominée par la soif de savoir ce qui avait été, elle lut:

«C’est un supplice de ne pas t’avoir un seul instant, à moi vraiment!... Tantôt, à ce thé, je n’ai pu t’approcher seul, un moment. J’en avais la fièvre!

«Max, pourquoi ne viens-tu pas jusqu’à moi? Mon bien-aimé, rappelle-toi les heures merveilleuses que nous avons eues, avant que commence le cauchemar maudit de la guerre. Max, les minutes fuient si hâtives qu’il faut saisir au passage celles que le Destin nous offre. Tout mon être t’appelle... Viens!... Viens près de moi, ne fût-ce qu’un instant!

«Je te donnerai tant d’ivresse que ta fièvre heureuse finira bien par égaler la mienne, comme il en fut, à ces heures que, pas plus que moi, tu n’as pu oublier... Promets-moi que tu vas venir, demain, Max, en souvenir de notre passé qui a été beau comme un rêve et qui, cependant, fut une réalité dont l’oubli nous sera à jamais impossible...

«Max, je t’attends!... Viens, viens, viens...