«Ta Maud.»
En toutes lettres, hardiment, follement, c’était signé.
Mireille avait lu tout d’un trait. Et maintenant, d’un geste de créature écrasée qui cherche à comprendre, elle passait la main sur son front; avec stupeur, elle levait vers le portrait de Max des prunelles que l’angoisse dilatait...
Ainsi cette chose horrible dont la crainte était latente en elle, cette chose s’était accomplie... Max et Maud l’avaient trompée, sans souci de l’amour, de la tendresse que, stupidement confiante, elle leur témoignait. Pas une seconde, elle n’en pouvait plus douter. Une certitude était entrée en elle, que rien ne pourrait détruire...
Ils l’avaient trompée... quand cela?... Avant la guerre. Cette lettre non datée le disait... Un souvenir jaillit dans son cerveau;—ainsi, dans la nuit flambe un éclair.—Elle revit le carrefour de la forêt de Fontainebleau où Max lui avait parlé de son dîner chez Maud; où son attitude lui avait donné l’impression qu’il lui taisait quelque chose... En elle, se ravivait, intense, le sentiment qui, jadis, l’avait bouleversée, sous l’éclair d’une intuition.
Elle murmura, le cœur déchiré par une souffrance, plus affreuse encore que le jour où elle l’avait perdu:
—Oh! Max, Max! tu as fait cela!
Ce jour de Fontainebleau qu’elle retrouvait si présent, quand il était venu à elle, c’était au sortir des bras de Maud. Et cependant, il s’était montré pour elle le mari amoureux qu’elle adorait... Il avait baisé sa bouche avec des lèvres chaudes encore de celles de Maud... Il lui avait dit les mots, donné les noms que sa voix, frémissante dans le désir, avait donnés à Maud... Quand elle avait dormi, confiante, sur son cœur, il songeait peut-être à l’autre, près de qui il venait de connaître «l’heure merveilleuse» entre toutes...
Instinctivement, elle passa la main sur ses lèvres, les frottant de ses doigts glacés, comme si elle pouvait effacer le frôlement des lèvres menteuses qui lui avaient été chères... Puis, encore une fois, elle se reprit à lire l’affreuse lettre... Comment était-elle là, cette lettre?... Depuis quelle permission de Max?... Tout à coup, dans sa pensée qui fouillait, revivait un menu incident. C’était la dernière fois que Max était venu... Le matin de leur départ imprévu pour la Commanderie. Entrant dans son fumoir, elle l’avait trouvé très affairé à chercher «un papier important, avait-il expliqué, qu’il avait égaré». Elle avait voulu l’aider, le voyant bousculer les tiroirs de son bureau. Mais il s’y était refusé avec une sorte de vivacité impérieuse dont elle avait été surprise un peu. Il s’en était aperçu, si nerveux fût-il, et tout de suite, l’accent changé, il avait dit:
—Certainement, j’ai dû laisser ce papier au ministère. J’y repasserai. Ne t’en inquiète pas, chérie.