Si Mireille avait obéi à son premier sentiment, tout de suite elle eût été parler à Maud, tant elle éprouvait, intolérable, le besoin de savoir.
Mais une réserve instinctive, une sorte de pudeur l’arrêtait au moment de remuer cette lie qui éclabousserait celui qu’elle avait adoré. Et puis, quel supplice de se retrouver devant sa menteuse amie à qui elle n’avait jamais donné que de la tendresse... D’apprendre des détails, peut-être, qui lui serait une nouvelle douleur et préciseraient la trahison...
Or, voici que deux jours après, le hasard amena cette rencontre dont elle avait peur, tout en la souhaitant et la sachant inévitable.
A la fin de l’après-midi, comme elle sortait de chez sa mère qui recevait, sur le seuil de la porte cochère, elle se trouva en présence de Maud, descendant de voiture.
La jeune femme l’accueillit par une exclamation de plaisir:
—Oh! Mireille, je suis contente de t’apercevoir!... Remonte avec moi chez ta mère, pour que nous passions un instant ensemble, dis, chérie.
«Chérie!» Maud osait l’appeler ainsi après lui avoir volé son mari, lui avoir infligé la plus terrible injure dont une femme puisse atteindre une autre.
Une seconde, avec une sorte d’effroi devant cette inconscience, elle la considéra; et ses yeux étaient si sévères, étincelants d’une révolte si méprisante, que dans ceux de Maud une surprise monta:
—Qu’est-ce que tu as, Mireille?
—Je te le dirai un jour où nous pourrons causer tranquillement... Adieu, Maud.