Elle ne lui tendait pas la main. Aucun sourire n’éclairait son visage; et, se détournant, elle partit, rapide, frêle ombre noire dans le crépuscule.

Une autre que Maud Ypsilof, voyant Mireille si différente d’elle-même—et se souvenant...—fût peut-être restée à l’écart, tant qu’elle ignorait le pourquoi de cette attitude nouvelle. Mais Maud était une impulsive qu’aucune menace de danger n’aurait pu faire reculer. Le lendemain même, tandis que, avant de sortir, Mireille cherchait une revue dans la bibliothèque de son mari, elle s’entendit soudain annoncer:

—Mᵐᵉ la princesse Ypsilof est au salon et demande si elle peut voir Madame.

Mireille éprouva la sensation d’un poids longtemps menaçant qui s’abattait tout à coup sur son cœur, et il lui fallut un effort pour retrouver le souffle qui lui manquait. Puis, elle commanda:

—Faites entrer ici.

Obéissant à une irrésistible impulsion, elle avait donné l’ordre. Là, dans cette pièce où le souvenir de Max était si présent, devant son image, Maud n’oserait pas lui mentir... Alors, elle allait savoir...

Ses mains se serrèrent d’angoisse. Droite, elle attendait.

Le domestique écarta la lourde tapisserie de la portière, et Maud apparut, très belle, apportant le pénétrant parfum de fleur qui l’enveloppait toujours, mais un peu pâle, comme si elle eût été violemment saisie de se voir, contre toute prévision, reçue dans la pièce qui avait été le séjour favori de Max. Et, tout de suite, son regard courut vers le portrait, sur le bureau, tandis qu’elle avançait vers Mireille, restée immobile, sans geste d’accueil.

Elle, très vite, l’embrassa d’un mouvement si spontané, que la jeune femme ne put se dérober. Mais elle eut un recul violent que Maud perçut... Et puis, les lèvres de Mireille n’avaient pas rendu le baiser...

Alors Maud s’écarta un peu, devenue plus pâle encore, et regardant son amie, elle s’exclama: