PREMIÈRE PARTIE
LE
FEU SOUS LA CENDRE
Ce qui a été.
—Mireille, tu ne prends pas de raisin? dit Mᵐᵉ Dabrovine, présentant à sa fille le compotier où les grappes blondes voisinaient avec les pêches duvetées comme une tendre chair.
La jeune femme eut un imperceptible tressaillement de créature soudain rappelée à la réalité; et ses paupières battirent une seconde sur les prunelles encloses dans l’iris de velours sombre, tandis qu’elle répondait:
—Je vous demande pardon, mère. J’étais distraite par ce beau ciel de couchant.
Son regard, encore une fois, à travers les vitres de la riante salle à manger d’hôtel, s’enfuyait vers l’horizon qui était d’or empourpré. La brise du crépuscule y entraînait quelques nuées errantes, cernées de lumière, et agitait les branches qui se découpaient en mouvantes arabesques d’ombre.
—Oui, le temps est magnifique, approuva Mᵐᵉ Dabrovine. Vraiment ce petit pays de Carantec est charmant!... Pas triste du tout... Tu as eu raison, Mireille, de nous y attirer.
—Je suis ravie, mère, que votre impression soit bonne, fit la jeune femme, tout en servant son petit garçon qui, placé près d’elle, attendait, très sage, qu’elle s’occupât de lui.