Il se distrayait à suivre, de ses yeux vifs, les allées et venues des servantes bretonnes à travers la vaste salle, bourdonnante des conversations; où, dans le clair décor des murs, bordés d’une frise de feuilles roussies par l’automne, s’allongeait la file des petites tables.
La jeune femme continuait:
—Père, espérez-vous que, vous aussi, vous pourrez vous accommoder de Carantec, vous le Parisien endurci?
M. Dabrovine sourit.
—Hors de Paris, toutes les résidences se valent pour moi!... Mais cela me fera du bien, évidemment, d’être un peu au vert!
—Mon pauvre papa!... Vous avez la villégiature résignée!... Je vous en supplie, dès que la Bretagne vous deviendra trop à charge, abandonnez-moi, sans scrupule. Je resterai facilement ici avec mes poussins. Il faudra bien qu’un jour ou l’autre, je m’habitue à ne compter que sur moi-même...
—Le plus tard possible, ma chérie, dit M. Dabrovine, avec une douceur dans sa voix un peu brève.
Et son regard se posa, plein d’une compassion tendre, sur cette femme si jeune—elle avait à peine vingt-quatre ans—que la guerre avait faite veuve, près de dix-neuf mois plus tôt.
D’un geste d’affection, Mireille effleura la main de son père, de ses doigts minces, que, seul, l’anneau de mariage enserrait, avec la grosse perle des fiançailles.
—Je sais que vous me gâtez toujours... autant que lorsque j’étais enfant. Mère, êtes-vous bien installée?... Votre chambre vous plaît-elle?