Le dernier mot avait été irréfléchi. Christiane ne le releva pas, mais ses yeux, involontairement, cherchèrent ceux de Mireille.

Un peu de rose monta aux joues pâlies de Mᵐᵉ Noris, et, frémissante, elle pria:

—Christiane, tu ne supposes rien de mal sur moi...?

—Mon pauvre amour, est-ce que ce serait possible, à moi surtout qui te connais?

Une soudaine résolution domina la volonté de Mireille.

—Écoute, Christiane, je vais te dire une chose qu’à personne au monde je n’ai confiée... Mais tu es pour moi, maintenant, une vraie sœur, en qui j’ai une foi entière. Avant de repartir, en octobre, Guisane m’a dit que... que je lui étais chère... très chère, et il m’a offert sa vie... pour l’avenir... à l’heure où je pourrais le souhaiter... J’ai refusé cet amour qui venait si généreusement à moi, parce que je veux, j’estime que je dois rester fidèle à Max...

Christiane, qui avait écouté attentive, fit un mouvement que vit Mireille. Dieu! est-ce qu’elle aussi savait la trahison?...

Et pour ne pas permettre le mot qu’elle ne voulait pas entendre, tout de suite elle continua, d’une voix résolue qui, cependant, tremblait:

—Guisane et moi, nous resterons simplement des amis... Je tâcherai de lui rendre en affection et en dévouement tout ce qu’il me donne... Des trésors, vois-tu! Christiane, qui me soutiennent dans mon dénuement... qui m’aident à vivre... Alors, tu comprends, dis? ce qu’est pour moi la pensée qu’un tel ami peut avoir disparu, être blessé... ou pire encore... Tu comprends pourquoi je ne puis plus supporter cette ignorance de ce qui le concerne... Mais je suis si impuissante!... O Christiane, toi qui es de la Croix-Rouge, qui te trouves sans cesse en rapports avec des officiers, le ministère, tâche de te renseigner, je t’en supplie! Toi seule, il me semble, tu peux arriver à quelque chose... Aux autres, il m’est impossible de rien dire, de rien demander... Christiane, aide-moi!!

—Certes oui, je vais t’aider, ma chérie... Et tout de suite... Je vais mettre en branle toutes les puissances possibles pour obtenir les nouvelles que tu iras sagement attendre à la Commanderie. Tu me promets?... Et puis, maintenant, donne-moi vite toutes les indications qui pourraient aider à retrouver Guisane: régiment, secteur, etc. Peut-être, tout simplement, ses lettres sont perdues. Il y a, en ce moment, un désarroi terrible.