Tout bas, de cette voix contenue qui était étrangement émouvante, il dit:

—Oui, c’est bon!... Si bon que je me demande si je suis bien éveillé, sorti un peu de l’enfer... Depuis... depuis que j’ai été frappé, voilà le premier instant où je puis l’oublier!

—Oh! cher... cher! répéta-t-elle, la gorge pleine de sanglots.

—Mireille, ôtez votre chapeau, que je touche vos cheveux, vos beaux cheveux sombres et légers, tout brillants, avec leurs larges ondes... Je les ai si souvent contemplés, cet été, à Carantec... Ah! cet humble pays! il m’apparaît comme le paradis fermé... Chut! ne répondez rien, chérie... Permettez-moi seulement de sentir vos cheveux! C’est ma façon de voir maintenant!

D’un geste prompt, elle jeta son chapeau sur une chaise près d’elle, et s’assit sur le sol, à ses pieds, à la hauteur de la pauvre main incertaine qui, chercheuse, effleurait son cou, sa joue que l’émotion glaçait, ses cheveux enfin, sur laquelle, doucement, elle se posait... Comme le soir où il l’avait trouvée, désespérée, dans le jardin.

Et de sa voix assourdie, lentement, il reprit, lissant les cheveux:

—Vous êtes toujours coiffée de même. Je vous en prie, ne changez pas... en ce moment du moins; que je puisse vous voir en mon cœur, telle que vous êtes, l’exquise petite Tanagra, dont la forme me ravissait...; avec vos grands yeux que tant de pensées éclairent... votre petite figure fine... votre bouche délicieuse où les dents luisent si joliment... Dans ma nuit, comme je le vois, votre visage que j’adore!... Mireille, avez-vous une robe que je connais?

Des larmes lui vinrent aux yeux devant la puérilité tendre de ce souci. Et elle articula, d’une voix que l’émotion brisait:

—Je suis habillée comme le jour où, tous, nous sommes allés à Saint-Pol... Vous vous rappelez?...

—Si je me rappelle!... Quels jours d’enchantement étaient ceux-là!... Trop bons!... Nous n’aurions pas dû en vivre de tels, alors que nos frères luttaient et souffraient.