—Non, Patrice, ce n’est pas par pitié que je vous demande de devenir... tout pour vous... Mais parce que... je vous aime... avec le meilleur, le plus profond, le plus ardent aussi, de l’âme que la douleur m’a donnée...

Les doigts de Guisane étreignaient les deux mains restées blotties dans la sienne.

—Mireille, c’est impossible que je vous comprenne bien!... D’ailleurs, ce serait abominable à moi de profiter de votre générosité! Que vous soyez mon amie, tendre et bonne, ah! oui, cela je l’accepte!... Et avec quelle reconnaissance! Mais vous lier à moi, comme ma femme, dans l’état où je suis, où peut-être je demeurerai toujours! Je serais indigne d’y consentir... Et je n’y consens pas... Je ne peux pas y consentir!... Plus tard, si la guérison vient, alors...

—Alors... peut-être, je penserai que vous n’avez plus besoin de moi... C’est maintenant, Patrice, qu’il faut consentir...

Elle s’arrêta une seconde; puis, de sa douce voix, elle répéta passionnément, de nouveau agenouillée près de lui:

—Je vous aime! Patrice... je vous aime!... Ne pensez à rien d’autre... Pour ceux qu’on aime, vous le savez bien qu’il n’y a pas de sacrifice!... Seulement, ne me méprisez pas, si je ne garde pas à Max le souvenir rigoureusement fidèle que j’avais résolu de lui donner jusqu’à ma mort...

—Ce sacrifice-là, aussi, vous voulez me le faire. Oh! bien-aimée, je...

Avec une autorité grave, elle l’arrêta:

—Patrice, je ne vous ferai là aucun sacrifice... Il faut que je vous raconte...

Elle s’interrompit, tant l’aveu lui était cruel; mais, tout de suite, elle se domina, devinant l’attente anxieuse de Guisane.