—Patrice, le hasard d’une lettre trouvée m’a appris ce que, tout bas, j’avais toujours craint... de la part de Max... Ce que vous avez eu la charité de me taire...
Il eut un cri:
—Mon pauvre cher amour... Moi qui espérais que vous ignoreriez toujours!... Car il regrettait si profondément sa faiblesse passagère!... Une faiblesse d’homme très jeune; sans importance, croyez-en mon expérience masculine... Une faiblesse qui n’empêchait pas que vous ne fussiez l’Unique... sa femme, que, seul, il adorait... Je l’ai bien compris le soir où, avant de partir en mission, il m’a parlé de vous. Et... Mireille, apprenez ceci, que jusqu’ici je n’ai pas osé vous dire... Et il vous a confiée à moi, au cas où... où il ne reviendrait pas...
—C’est pour cela que vous m’avez offert votre vie!
Un sourire presque gai, ombre du brillant sourire de jadis, effleura la bouche de Patrice.
—Est-ce que, vraiment, Mireille, vous croyez cela?
—Non... je ne le crois pas... Je serais bien ingrate si je le croyais!...
—Mireille, lui qui vous connaissait avait deviné que si les circonstances nous rapprochaient, lui disparu, bien vite j’en arriverais à souhaiter d’avoir le droit de vous envelopper de tendresse. Et, généreusement, il désirait qu’il en fût ainsi... Oh! si j’étais sûr de redevenir ce que j’étais, comme je vous dirais: «Sans scrupule, venez à moi, mon amour. Je vous jure qu’ensemble nous garderons... pieusement... le souvenir de Max... Moi, sans jalousie... Vous, pardonnant le mal qu’il vous a fait, dans une heure d’entraînement... et qu’il a racheté...» Mais vous dire cela aujourd’hui, c’est impossible!... atteint comme je le suis!
—Patrice, tel que vous êtes, tel que vous serez dans l’avenir, je vous appartiens et je ne me reprendrai jamais! Nous avons tant souffert l’un et l’autre... dans la même épreuve... par la guerre!... que nos âmes nouvelles créées par cette épreuve, sont une maintenant... Ne le sentez-vous pas, mon ami bien-aimé?... Et, n’est-ce pas, que vous voulez bien de moi, afin que je retrouve près de vous le bonheur que je n’ai pas osé accepter, vous vous souvenez? en octobre... et que, maintenant, je ne fuis plus... Car c’est le vôtre aussi... Et vous l’avez si cruellement gagné...
—Mireille... ô Mireille, vous allez me faire bénir ma blessure qui vous donne à moi!