De grosses larmes tombaient des yeux de Mireille sur le papier où revivait cette heure poignante.

Ensuite, étaient notés les souvenirs des jours qui avaient suivi la rencontre imprévue. Car le lendemain même, en effet, ils s’étaient rejoints pour plusieurs semaines.

Et ces semaines-là avaient été les meilleures, lui semblait-il, qu’elle eût connues depuis son mariage. Il n’y avait plus le monde pour les distraire l’un de l’autre. Max, cette fois, était tout à elle. Et une sorte d’ivresse, tragique et forte, naissait de la conscience de ce qu’était fugitif, ce rapprochement après tant de mois de séparation!

Et puis, il y avait eu le congé de convalescence qu’ils avaient passé à pérégriner en Bretagne, quand le printemps fleurissait les routes, colorant de bleu pâle le doux ciel mélancoliquement gris. Il y avait eu, avant le retour au front, leur séjour dans le petit pays où il était encore au Dépôt.

Comme ils avaient été heureux et gais, campés dans la ferme dont la plus belle chambre avait été abandonnée à la «jeune dame de Paris» que servait allégrement la fille aînée, une gamine de dix-sept ans, Marie-Anik, très bavarde, vivement intéressée paf les robes de sa passagère maîtresse, par ses bibelots de toilette, ses recherches de femme élégante qui la plongeaient dans une admiration enthousiaste. Fiancée à un garçon parti lui aussi, elle attendait ardemment son retour, tourmentant son père pour être mariée à la plus prochaine permission, parce que, expliquait-elle à Mireille, sa belle robe, toute prête à la déclaration de guerre, ne serait plus à la mode si elle ne se pressait pas de la porter.

Et, au hasard, Mireille continuait à lire.

2 avril.

Marie-Anik nous observe, Max et moi, avec une curiosité jalouse et drôle, où il y a cependant une sympathie vraie.

Ce matin, regardant Max qui s’éloignait à travers la place, elle s’est écriée:

—Madame, votre homme est aussi beau que le mien!