Ses baisers brûlent mon visage. Je ne pense pas qu’il y a autour de nous d’autres blessés qui nous voient. Je n’ai conscience que de sa chère présence soudain retrouvée.

Combien de temps, de minutes, de secondes, restons-nous ainsi, je n’en sais rien. J’ai oublié tout ce qui n’est pas lui!

Mais un employé arrive pour fermer la portière.

—Madame, madame, descendez, le train va partir!

—Va, bien-aimée... Demain, nous allons nous retrouver.

Demain! Il faut cette perspective divine pour que je me résigne à desserrer mes bras, noués autour de son cou.

Je relève la tête. Je revois la chère figure amaigrie, souriante, amoureuse comme en nos meilleurs jours. J’aperçois les camarades qui, autour de lui, nous regardent avec de bonnes faces attendries; l’employé, brave homme et curieux; la gare, dans la nuit que troue, brutalement, la clarté dure des globes électriques. Et après un dernier baiser, je saute à terre.

Mais je reste sur le quai, insatiable de contempler mon pauvre bien-aimé jusqu’au moment où le train s’ébranlant, je ne peux plus distinguer, dans l’ombre où il s’enfonce, le visage chéri qui me souriait.

A-t-il dû souffrir, pour être à ce point méconnaissable!

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