Par les fenêtres ouvertes, j’aperçois les malheureux, allongés sur les couchettes de souffrance, les moins atteints, sur les bancs. Le train s’arrête.

Machinalement, je regardais toujours, tremblante de compassion et d’angoisse. Mes yeux s’attachent sur un wagon qui s’immobilise devant moi. Dans le cadre de la fenêtre, une tête pâle se penche, où luisent des yeux de fièvre.

Et soudain, un cri vient à moi, qui me secoue tout entière:

—Mireille!... Oh! Mireille! C’est toi!...

Qui m’appelle ainsi? Et avec cette voix! Je ne peux pas me tromper, c’est la voix de Max!... Je regarde autour de moi, éperdue, cherchant où il est, mon bien-aimé... Et, de nouveau, la voix répète:

—Mireille, je ne rêve sûrement pas... C’est bien toi! Pourquoi n’approches-tu pas?

Celui qui m’appelle, je le vois maintenant. C’est le pâle blessé du wagon. Et soudain, avec un sursaut de tout mon être, je comprends... Ce misérable au visage terreux, qui a une mine de vagabond, c’est lui, mon beau Max, dont j’étais si fière; tellement changé que j’ai pu ne pas le reconnaître; c’est le fantôme du brillant soldat qui m’a quittée il y a huit mois.

Comme une folle, j’ouvre la portière, arrachant ma peau à la poignée; je m’élance sur les degrés. Et alors, dans un même élan, nous nous étreignons, oublieux complètement du lieu où nous sommes, de ceux qui nous entourent, qui nous regardent... Et nous sanglotons tous les deux comme des bébés... Lui aussi, mon vaillant mari...

Ma tête est cachée sur son épaule. Je demeure serrée contre lui, ma main crispée sur sa capote sans couleur. Je n’entends que sa voix brisée qui me répète:

—Mon amour!... Ma Mireille!... Oh! te retrouver!