Je pars ce soir. Maman est à Nice. Mais tant pis! je laisse Jean à son Anglaise qui est une excellente fille, très sérieuse, et je prie ma belle-mère de veiller sur mon petit. La pauvre femme était bouleversée de la nouvelle, voulait partir avec moi et n’osait quitter son mari très souffrant de rhumatismes et bien exigeant...
Je pars seule.
5 mars.
Une hâte folle m’a jetée bien trop tôt à la gare. Il m’a fallu attendre un train. C’était une torture. Enfin je suis partie!
Dans la nuit, j’étais à Nantes où, de nouveau, j’ai dû connaître le supplice de l’attente; car le train de correspondance était deux heures plus tard. Mais cette fois, le contre-temps a été providentiel.
Incapable de dormir, j’arpentais le quai encombré, contemplant,—avec quels regards de pitié et de fraternité!—la foule des poilus qui dormaient écroulés sur l’asphalte, sur les bancs, accroupis le long des murs; ou bien, devisaient assis sur leur musette; ou encore, fumaient en silence. A quelques-uns, moi si sauvage, je parlais, avide d’apprendre tout ce qui touche à la lutte dont l’écho résonne sans trêve dans mon âme.
Et puis, soudain, un grondement de machine, sous la toiture vitrée.
Un mouvement d’employés, de gens de toute sorte qui se précipitent, une exclamation dans toutes les bouches:
—Un train de blessés!
Je m’approche, comme tous.