Mireille tourna des pages et encore des pages. Ce n’était pas sa propre peine qu’elle voulait retrouver. C’était Max qu’elle prétendait évoquer un instant pour tromper la soif de sa présence.
Au passage, elle lut, sans s’arrêter, une ligne:
«Nous voici à Pau.»
Pau... Ce nom réveillait la vision de la belle ville riante, où sa mère s’était vite créé une existence telle que d’ordinaire, durant les villégiatures d’été; réunissant autour d’elle le cercle de ses relations transplantées aussi à Pau, par la tempête.
Elle, devenue farouche sous l’étreinte de son tourment, vivait à part, repliée sur elle-même; moralement étrangère à sa mère qui, malgré l’inquiétude pour Bernard, pouvait recevoir, offrir des thés sous couleur de travail pour les blessés, assister à des concerts de charité au profit des soldats. Ce semblant de vie mondaine la révoltait; et, avec passion, elle se donnait à sa mission d’infirmière qui, seule, l’aidait à supporter les heures de terrible anxiété.
Et puis, les froids de l’hiver passés, Mᵐᵉ Dabrovine avait voulu revenir à Paris; et, comme d’ordinaire, son mari avait cédé à son désir, manifesté avec la bonne grâce dont elle était coutumière, mais aussi sa tenace volonté de femme toujours gâtée.
Mireille, indifférente à tout ce qui n’était pas la lutte épouvantable, avait suivi, passive. A peine elle était de retour, une dépêche lui arrivait. Max avait été blessé; légèrement, disait-il. Il était évacué sur son Dépôt de Bretagne, et lui demandait de venir.
Instinctivement, elle chercha les pages où elle avait noté cette première étape vers le calvaire gravi un peu plus tard.
2 mars.
Quelques lignes de Max: «Chérie, j’ai été égratigné par une balle; rien de sérieux, je te le jure. J’ai été pansé, soigné à l’ambulance du front; maintenant je suis expédié à mon Dépôt. Je t’y attends, ma Mireille... Oh! que cela va être délicieux de nous retrouver!»