«Mon amour, à toute heure je vais te retrouver... Pour mieux dire, je suis toujours avec toi. Tu ne te doutais guère, ma Mireille chérie, que tu assistais ainsi—puisque partout j’emporte ton souvenir—à de terribles scènes, que tu entrais dans de pauvres villages éventrés, calcinés, labourés par les obus. O mon cher amour, quand nous prononcions le mot de «guerre», nous ne pouvions nous imaginer ce que c’est atroce et splendide, la guerre! Tout ensemble, je suis passionnément intéressé et horrifié... Quels spectacles épouvantables, sublimes, je suis amené à contempler!
«Mais aussi, il me semble que l’atmosphère de danger dans laquelle je suis jeté décuple mon intensité de vie!
«Mireille, je t’adore...»
15 août.
Mère veut absolument quitter Paris et ne prétend pas me laisser derrière elle, seule avec Jean.
Et moi, je n’ai qu’un désir, demeurer dans mon foyer dévasté où, partout, je retrouve l’image de Max. Ainsi, je suis moins séparée de lui. Là, il me semble que les chères nouvelles doivent m’arriver plus vite. Ah! cette attente des lettres, d’une dépêche qui ne vient pas... Du matin au soir, j’espère follement,—stupidement!—même contre toute possibilité.
Est-ce que jamais je redeviendrai, je pourrai redevenir la femme que j’ai été jusqu’à ce terrible 1ᵉʳ août? Quelque chose est mort en mon âme. Ma foi au bonheur... La confiance que je n’avais qu’à marcher dans la vie, tout droit devant moi, dans le beau chemin qui s’offrait, blottie contre Max et regardant grandir mon tout petit.
J’existe aujourd’hui avec l’impression que, soudain, mon cœur a été brutalement précipité dans un gouffre où il gît, blessé à ce point, que ses battements me sont une torture.
Ah! je les connais maintenant, le déchirement de la séparation, le supplice de l’incertitude!
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