—Madame, je viens vous chercher pour vous introduire dans la place, sans aventure, j’espère. Mais je vous avertis que nous risquons un jeu périlleux.

Il en a l’air si ému que je le considère, saisie, un peu inquiète pour le succès de mon équipée, quoique je le sache très timide, de son naturel; ce qui, jadis, lui faisait faire bien des bévues dont nous nous amusions, Max et moi, comme des enfants. Et je dis, sans conviction d’ailleurs:

—Docteur, je ne voudrais pas vous attirer d’ennuis...

Heureusement il est résolu, autant qu’il peut l’être:

—Madame, nous allons faire de notre mieux pour qu’il n’arrive rien ni à vous, ni à Noris, ni à moi-même! Donc, écoutez-moi bien. Voici le sauf-conduit de Mᵐᵉ Plichon. Et maintenant, souvenez-vous toujours que vous n’êtes plus que Mᵐᵉ Charlotte Plichon, couturière à X... Ce sauf-conduit, vous aurez à le montrer au gendarme qui, à l’arrivée du train, examinera le laissez-passer. Mᵐᵉ Plichon est de votre taille, les silhouettes se ressemblent; la gare est à peine éclairée. Si vous voulez bien mettre un voile épais, tout ira, je pense. Seulement, nous ne voyagerons pas ensemble pour éviter toute indiscrétion. Je me mettrai dans le compartiment voisin du vôtre, ainsi vous ne vous sentirez pas seule.

Je hausse les épaules. De quoi pourrais-je bien avoir peur, si ce n’est de ne pas arriver jusqu’à Max!

Et combien sincère, je réponds:

—Ne vous préoccupez pas de moi, docteur. Faites ce qui doit être. Et je m’arrangerai toujours.

Il a l’air tout réconforté par mon assurance et m’explique:

—Nous prenons le train à cinq heures et demie seulement; car il est plus prudent d’arriver à la nuit. Voulez-vous que nous nous promenions dans...?