—Docteur, depuis le déjeuner je me promène. Mais voici l’heure du thé. Ne pourrions-nous aller goûter quelque part?

Il reprend sa mine craintive:

—Oh! certainement, madame, si vous ne redoutez pas les sociétés toutes masculines. Il y a tant d’hommes ici, en ce moment!

—Eh bien! docteur, vous m’escorterez, car vraiment, les officiers de... m’ont l’air d’être sevrés de femmes depuis bien longtemps!

Le docteur rougit comme s’il était en cause, et interroge, inquiet:

—Vous avez eu des ennuis, madame?

—Mais non, mais non, docteur. Pas du tout. N’ayez aucune crainte à mon endroit et emmenez-moi vite boire du thé bien chaud.

Je crois qu’il avait fort peu envie de m’emmener, car il est l’homme correct par excellence, et ses camarades le savent célibataire.

Je pense cela maintenant. Mais alors aucune idée de ce genre ne m’effleurait même la cervelle... Et après de chauds adieux à ma cousine Céline Duval, j’ai suivi le major résigné dans une bonne pâtisserie qui regorgeait de chalands militaires, installés à toutes les tables, Anglais et Américains surtout. Un grand Anglais, blond et rose, m’a poliment cédé la sienne et est allé se camper auprès de camarades.

Alors, le petit major et moi, nous nous sommes mis à bavarder, tout en dégustant thé et rôties. Il avait pris son parti de l’aventure. Mais tout de même, c’est avec empressement qu’il m’a tout à coup déclaré: