—Madame, il est l’heure de nous rendre à la gare.

Il m’a installée dans mon wagon, s’est engouffré dans un compartiment voisin du mien, et nous sommes partis.

Une demi-heure seulement de trajet. A mesure que le moment de l’arrivée approche, je sens mon cœur battre plus fort... et vite, vite!... Si toutes nos combinaisons allaient échouer! Moi, j’en serais quitte pour être renvoyée à Paris... Mais Max, Plichon, le docteur! Et ma cousine Charlotte expulsée de X... J’ai le cerveau en fièvre. Un sursaut me secoue toute quand le train s’arrêtant, j’entends l’employé crier:

—X..., X...

Je saute du wagon. Il fait très noir, heureusement. Une averse rageuse noie la campagne. J’entrevois dans la nuit la silhouette étriquée du major. Il me fait un signe discret; et, à sa suite, je me dirige, avec les rares voyageurs, vers la sortie où se dresse le cerbère dont les yeux inquisiteurs surveillent les arrivants et inspectent leurs papiers... Ah! que j’ai peur!

Le docteur a passé décochant au gendarme un bonsoir familier. C’est à moi. Je tends le sauf-conduit de Charlotte Plichon. Sous la clarté falote de sa lanterne, il regarde et essaie de lire.

—Ah! c’est vous, madame Plichon?... Encore sur la route? Il faisait bon à...?

—Il faisait très humide. Je suis glacée.

—Ma foi, vous en avez l’air... Vous n’avez plus de voix. Gare au rhume!

—Aussi, je rentre vite! Bonsoir.