—Mireille, tu es là?
C’est lui! mon aimé. Je distingue sa haute taille. Et puis, je ne vois plus rien car j’ai sauté à terre; et je suis enveloppée de ses bras, ma tête contre sa poitrine, les joues rougies par le drap rude de sa capote, le cœur en fête, le cerveau envahi par cette unique pensée:
—Je suis près de lui... Enfin!... C’est vrai! bien vrai!
Sur mon visage, dans la nuit, je sens la caresse éperdue de sa bouche... Cette minute est tellement exquise que je voudrais qu’elle ne finît pas... Mais, au contraire, elle est bien brève! Du moins, elle me paraît ainsi. La vraie Mᵐᵉ Plichon avance; et Max, m’écartant un peu, ma main gardée dans la sienne, prononce joyeusement:
—Madame Plichon, je vous présente ma femme.
—Entrez vite, madame. Il pleut si fort... Vous devez avoir bien froid!
Je proteste et j’entre dans une grande cuisine, où, sous la lampe, reluisent des cuivres, où brûle le feu d’un grand fourneau sur lequel cuit le repas. La table est mise.
Je vois mieux alors «ma cousine». Elle est, en effet, mince et brune comme moi. Dans l’ombre, le gendarme a pu nous confondre. Elle paraît très intimidée et devient plus confuse encore quand je la remercie avec effusion, l’appelant «ma cousine». Max nous interrompt. Discrètement le petit major s’est éclipsé, après lui avoir serré la main, sans que j’aie le loisir de lui dire ma reconnaissance.
—Allons, vite, dînons, voulez-vous, madame Plichon? Il faut que je retourne ce soir au cantonnement.
—Oh! Max! tu me quittes déjà?