—Je regrette bien, madame, de ne pouvoir vous offrir rien de mieux.

—Mais je serai très bien. Ne vous inquiétez pas de la question cheminée. Il ne fait pas encore bien froid. Je me coucherai vite et je retrouverai la boule bienfaisante au fond de mon lit.

—Allons, c’est parfait, approuve Max. Madame Plichon, dès que votre dîner sera servi, appelez-nous!

Je ris en moi-même de cette façon discrète d’engager notre hôtesse à nous abandonner. Docile, elle obéit à l’invite de Max. Et enfin, enfin!!! nous sommes seuls!... C’est la minute merveilleuse...

Le sentiment de notre réunion, de la présence réelle, est si fort, que nous ne pensons même pas à parler. Notre amour veut, le premier, sa part. Notre cerveau aura la sienne ensuite. Ma tête est sur son épaule...

Ah! que ces minutes ont été divines! Et puis, tout à coup, au milieu de l’enchantement, résonne la voix de «ma cousine», avec son terrible accent:

—La soupe est sur la table. S’il vous plaît, madame et monsieur Noris, voulez-vous descendre?

Nous tressautons, Max et moi; et nous nous regardons avec des mines effarées et déconfites qui, en même temps, nous font éclater de rire. Alors nous regagnons la grande cuisine où brille une propreté toute flamande, où règne une bienfaisante chaleur.

Le lieutenant Plichon vient d’arriver à bicyclette, pour dîner. Sa femme, qui ne l’attendait pas, est radieuse. Il y a là, aussi, sa vieille mère, une mince paysanne, proprette et ronde, aux joues de pomme d’api, qui m’accueille maternellement en m’embrassant, et me présente le rejeton du jeune ménage, un garçonnet joufflu, contemporain de Jean.

Je distribue les douceurs, souvenirs, jouets que j’ai apportés. Le lieutenant se confond en remerciements; les femmes sont ravies, mais leurs yeux surtout le disent; et, joyeux, nous nous mettons à table, près du fourneau où crépite un brasier superbe.